Audrey Teichmann "décode" son exposition

Culture - le 20/08/2018

Audrey Teichmann, commissaire de l'exposition, commente sa méthode de travail et ses choix pour l'exposition de rentrée "Nos corps sont nos jardins - Codes d'une collection".

Audrey Teichmann est commissaire d’expositions, notamment à la Villa Noailles. Depuis six mois, elle organise et rêve l’exposition de la Collection de la Ville, qu’elle a baptisée "Nos corps sont nos jardins, codes d’une collection". Elle lève un coin du voile.


Comment avez vous découvert les œuvres qui constituent l’exposition ?

AudreyTeichmann : La Ville de Montrouge avait le souhait de mettre en exergue une collection qu’elle a acquise sur plusieurs décennies, dans divers cadres, dont le Salon de Montrouge ou la Biennale de la jeune création européenne, avec l'hétérogénité que cela suppose. Nous avons donc une collection disparate dans sa qualité, ses médiums, ses artistes… Il m’a fallu chercher une cohérence, et trouver comment à travers un regard curatorial, on crée du lien là où il n’y en a pas forcément. Il y a donc des œuvres très intéressantes, des œuvres anciennes qui font partie d’un patrimoine important car elles incarnent un courant de la peinture, des sculptures… Je me suis beaucoup basée sur la question du paysage pour cette collection, car elle est fondamentale. Il y a un grand patrimoine de paysages. Des paysages propres à la région, à Montrouge, mais aussi des vues de bord de mer… Peindre un paysage, c’est aussi s’approprier un territoire. C’est quasiment une collection domestique qui s’est installée ici. Une collection que l’on pourrait imaginer chez soi.

Comment avez-vous sélectionné les œuvres ?

A.T.: La Ville possède 3 ou 4 fois plus d’œuvres que celles que j’ai sélectionnées ! Il a fallu fouiller les réserves. Il doit y avoir une certaine cohérence et il y a mes goûts propres. À la fin, il faut que la sélection fonctionne.

Avez-vous eu une demande spécifique du Maire ?

A.T.: Son souhait était que la collection illustre, du classique au contemporain, les nombreux courants de la peinture. Nous avons donc sélectionné des œuvres représentatives de tous les genres depuis 60 ans.

Comment donner du sens à une telle collection ?

A. T. : Face à ces œuvres, je me suis dit qu’il fallait recréer du lien et que surtout permettre à des spectateurs de déambuler et de créer leur propre histoire, à travers des fils subtils entre les œuvres. Un fil qui tient à la couleur, à un genre, une forme de paysage…

Quelles sont vos œuvres préférées ?

A. T. : Il y a mon cher Paul-Emile Pissarro, qui est sublime, j’adore ses couleurs. Un très joli André Brasilier, très japonisant, magnifique. Une peinture très mystérieuse de 2015 signé Yannick Bernede, qui pourrait être du romantisme allemand, il y a un côté Turner dans le ciel.
Un très beau Djamel Tatah, une des très belles pièces de la collection, avec ce fond rouge caractéristique de son travail. Et un de mes préférés est le Paul Deltombe, un des grands peintres du XIXe, avec des couleurs extraordinaires. Je suis très contente que l’on fasse voir cette toile peu connue aux Montrougiens.
Il y a aussi cette série de dix tableaux de Philippe Fanjeaux.
Il y a aussi des paysages plus classiques, des années 40, des années 20, comme la pièce de Jean Peské. Il y a aussi un fond Paul Putois de Hoon qui a fait un leg auprès de la Mairie et nous avons de très jolies petites sculptures.

Avez-vous voulu créer une scénographie différente ?

A. T. : Il me semblait fondamental que la scénographie soit singulière. Quand on prélève des œuvres d’un fond autonome, il faut aller jusqu’au bout de ce parti pris. Il fallait créer de l’homogénéité au sein d’un ensemble hétérogène. Nous n’avons pas une présentation sur cimaise, comme dans les musées, où l’on trouverait une thématique géographique, chronologique ou tel genre paysager. Ici, chaque œuvre aura sa propre place. L’intention est d’être très explicite sur la dimension paysagère de l’expo. Et de se rapprocher d’un jardin d’hiver, avec des chemins de traverse dans l’expo. Il n’y a pas de parcours imposé. J’espère que cela sera spectaculaire.

Que voudriez-vous provoquer avec cette expo ?

A. T. : La finalité est de montrer que Montrouge est une ville d’art. C’est une collection en devenir. Je fais une exposition à un instant donné et nous allons poursuivre ce chemin. J’aimerais qu’il y ait de la surprise, que les visiteurs s’attachent à des œuvres en particulier, qu’ils se disent « Ah, cela nous appartient ! » Et que ce patrimoine commun devienne un patrimoine individuel. Et que certains se disent « J’aimerais bien avoir ce tableau là chez moi. »

EXPO PHOTO SQUARE RENAUDEL

Proposé lors des budgets participatifs, le projet de Xavier Hamel, une expo photo sur la collection de Montrouge, a été retenu par les Montrougiens : « J’ai l’habitude de me balader dans Paname où il existe des expositions de photographies dans les rues notamment sur les grilles des parcs, comme autour du Jardin du Luxembourg. Comme j’habite dans le quartier Plein Sud, j’ai pensé naturellement à habiller les vieilles grilles du square Renaudel. »

Exposition du 5 au 16 / 09
de 12h à 19h
Le Beffroi. Entrée libre