Edito

QU’EST-CE QUI REND UNE VILLE "ATTACHANTE" ? (2ème partie)

Retrouvez ici la suite de notre rencontre avec Étienne Lengereau, Maire de Montrouge, autour de ce qui fait l’identité d’une ville...

Être une ville en banlieue de Paris constitue-t-il une spécificité supplémentaire ?

Étienne Lengereau : Absolument. Souvent, et on peut le regretter, l’image d’une ville de banlieue c’est justement une ville qui n’a pas ou peu d’identité. On l’associe trop souvent à une ville « dortoir » ou une ville de « transit ». Sur ce plan, Montrouge a joué sur un double atout, comme je le disais précédemment (lire interview p.3) : sa densité et sa très grande proximité avec Paris. Ainsi, mes prédécesseurs et l’équipe municipale actuelle avons réussi à construire à la fois un cadre qui valorise ces atouts pour rendre Montrouge attractive, et à mettre en place une vraie relation entre la ville et les Montrougiens. On est, ainsi, suffisamment grand – près de 50 000 habitants – pour avoir les moyens d’animer la ville ; et Montrouge n’est en même temps pas trop grande d’un point de vue géographique pour favoriser la proximité au contraire d’autres villes plus importantes.

En quoi le cadre de ville favorise cette "mise en relation" ?

E. L. : Le « contenant », c’est le cadre de vie que l’on propose, que l’on construit, que l’on développe au quotidien. J’ai évoqué la densité « positive ». J’aime aussi parler de densité « heureuse ». On peut trouver cela un peu fort, mais c’est vraiment le sens de notre action à Montrouge. Pour être « la ville du ¼ d’heure » : on peut facilement y faire ses courses, faire du sport, aller au restaurant, croiser des gens que l'on connaît… Et en même temps, « s’échapper » très vite. Avec l’arrivée de deux nouvelles gares, cela va encore être renforcé à l’image de ce qu’il s’est passé en 2013, avec l’arrivée du métro qui a changé le centre-ville, les flux, les dynamiques des terrasses, des restaurants… Des zones commerciales secondaires vont se développer. Ce que l’on appelle « l’effet gare ».

Vous avez aussi placé la population au cœur de cette réflexion...

E. L. : C’est le deuxième volet de notre identité : le « contenu ». C’est sa population. Une ville attrayante, attachante, avec une identité forte, ce n’est pas seulement des parcs, des crèches, des entreprises, etc. Je pense que cette dimension humaine est cruciale dans l’identité d’une ville, car c’est un sujet complexe, ténu et qu’il faut entretenir. De plus, il faut veiller à conserver un équilibre délicat entre les structures des ménages, les catégories socio-professionnelles, les classes d’âges, etc. diverses populations, les diverses catégories, etc.
Mais, il faut que les Montrougiens s'approprient les espaces publics, pour qu’ils tissent d’abord un lien entre eux et ensuite avec leur ville. C’est le sens de notre approche quand on met en place, par exemple, la fête de la ville – les Soleillades, qui sont un franc succès. Donc, toute l’année, la série de rendez-vous à la fois festifs, éducatifs, citoyens donnent du sens à notre identité commune.

Favoriser le lien entre et avec les habitants, affirmer le marqueur "ville d'art contemporain", développer la démocratie participative, etc. Ce n'est pas "trop"... ambitieux ?

E. L. : Certes, notre positionnement, notre attachement à l’art contemporain et à l’art d’une façon générale, peut paraître décalé. Mais ça marche ! Ça « matche » même comme vous le titrez dans vos colonnes. Cela démarque notre ville dans le Grand Paris. Cela fait venir des gens de l’extérieur pour découvrir Montrouge. C’est aussi ce qui fait l’identité d’une ville : sa capacité à rester ouverte. Et ça va encore continuer, demain, avec Art dans la Ville. Nous ne sommes peut-être pas les seuls à le faire, mais nous sommes les seuls à le faire à l’échelle de toute la ville et de tous les Montrougiens. Sans que ce soit un effet de manche. Et, dans le même temps, cela participe à investir dans l’enrichissement des liens humains. Alors, il faut être humble mais ambitieux pour l’âme de la ville. Pour incarner réellement le « vivre ensemble », avec l’intérêt général en ligne de fond. Montrouge a aussi une vraie identité pour ces raisons-là.