Les choix budgétaires 2017 par Étienne Lengereau

Economie

Interview d'Etienne Lengereau, Maire de Montrouge, sur les choix budgétaires 2017

Alors que le budget primitif de la Ville de Montrouge a été voté le 30 mars dernier, Étienne Lengereau, Maire de Montrouge depuis le 20 octobre dernier, se prête au jeu de l'interview pour expliquer ses choix budgétaires pour 2017. Dans la continuité de Jean-Loup Metton, il veut préserver le pouvoir d’achat des Montrougiens et garder des services publics de qualité.

Vous avez été rapporteur du budget de la Ville de 2014 à 2016 et maintenant vous en êtes le Maire. Quelles ont été vos convictions pour élaborer ce budget 2017 ?
ÉTIENNE LENGEREAU : Le budget est l’acte fondamental de notre collectivité. Il traduit non seulement les valeurs et les principes qui guident notre équipe municipale, mais aussi ses objectifs et sa volonté. Nous savons que le contexte économique et financier est très tendu, et que l’État doit réduire la dépense publique. Nous adhérons à cet objectif et assumons de devoir y prendre notre part. Car notre pays ne peut retrouver le chemin de la croissance et de la prospérité s’il continue de consacrer plus de 57 % de son PIB à la dépense publique.
C’est pourquoi cette année, comme les précédentes, nous avons fait le choix de la rigueur et de la sobriété. Notre mission, c’est de continuer de rendre les services que nos concitoyens attendent en respectant les règles de bonne gestion et d’équilibre budgétaire. Ces dernières années, le pouvoir d’achat de nos concitoyens a été largement entamé sous l’effet de la hausse des impôts décidée par l’État. Nous ne souhaitons pas alourdir ce fardeau, et préférons rechercher des solutions pour optimiser notre action et trouver les moyens de compenser la diminution de nos ressources.
Mais si nous sommes d’accord pour contribuer à l’effort de redressement des comptes publics, nous estimons que cet effort doit être équitablement réparti. On ne peut pas inscrire dans la Constitution le principe d’autonomie des collectivités locales et systématiquement pénaliser ceux qui ont montré l’exemple et ont été vertueux. Il y a un moment où chacun doit assumer ses choix, et je regrette que l’État ne fasse plus confiance aux collectivités et les considère comme une variable d’ajustement.

« Nous avons fait le choix de la rigueur et de la sobriété tout en continuant à rendre les services que nos concitoyens attendent et en respectant les règles de bonne gestion et d’équilibre budgétaire. » EL


Quelle est votre analyse sur la santé financière de la Ville de Montrouge ?
E.L : Montrouge est l’une des villes des Hauts-de-Seine et de la Métropole du Grand Paris dont le poids de la dette est le plus raisonnable et la pression fiscale y est très mesurée. C’est le résultat d’une gestion prudente et avisée, mais aussi le fruit d’une politique ambitieuse de développement qui a permis d’engranger des recettes pendant les années de croissance et de prospérité. Comme un ménage dont les revenus diminuent, nous devons maintenant être prudents pour ne pas nous retrouver à la merci d’un retournement de conjoncture.
Nos recettes de fonctionnement se réduisent à mesure que les dotations diminuent et que les mécanismes de péréquation s’amplifient. Nous devons donc réduire notre train de vie. Nous avons commencé à le faire depuis plusieurs exercices. Nous avons fait le choix de maintenir, tant que cela est possible, le niveau et la qualité des services que les Montrougiennes et les Montrougiens attendent. Ces services sont financés par le contribuable et par l’usager. Le contribuable lorsqu’il s’agit d’équipements et de politiques qui bénéficient à tous, l’usager lorsqu’il s’agit de services individualisés. Nous souhaitons préserver ce juste équilibre.
Côté investissement, nos capacités ont été préservées, et notre niveau d’endettement reste très mesuré. L’encours de notre dette n’est que de 30,5 millions d’euros, soit 610 euros par habitant, largement en dessous de la moyenne des villes de notre catégorie. Et depuis 5 ans, nous n’avons pas eu besoin de recourir à l’emprunt pour financer nos investissements.

« Montrouge est l’une des villes des Hauts-de-Seine et de la Métropole du Grand Paris dont le poids de la dette est le plus raisonnable et la pression fiscale y est très mesurée. C’est le résultat d’une gestion prudente et avisé et le fruit d’une politique ambitieuse de développement. » EL


Quels sont les impacts financiers de l’intégration de Montrouge dans la Métropole et dans le Territoire Vallée Sud - Grand Paris ?
E.L. : Nous sommes engagés dans le Grand Paris à deux niveaux. D’abord nous appartenons à la Métropole qui désormais perçoit à notre place le produit de la fiscalité des entreprises. Certes nous percevons de sa part une attribution de compensation, mais le montant de celle-ci est figée à la valeur du produit de l’année 2015. C’est donc la fin de la dynamique des bases de cette fiscalité, qui a fait la prospérité de Montrouge, juste résultat d’une politique ambitieuse et réussie d’attractivité et d’accueil des entreprises sur notre territoire depuis de nombreuses années. Sans cette réforme, nous aurions perçu en 2016, 1,2 million d’euros de recettes supplémentaires de cotisations à la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).
Cette dynamique va désormais profiter à la Métropole et au territoire Vallée Sud - Grand Paris. Cette seconde entité, issue du découpage de la Métropole en 12 sous-ensembles, perçoit désormais la moitié de la fiscalité des entreprises, à travers leur cotisation foncière (CFE). Pour Montrouge cela signifie moins de recettes fiscales à l’avenir, puisqu’une dotation a remplacé une recette dynamique, mais aussi une moindre motivation à attirer des entreprises.
Et cette évolution ne me semble pas positive, car une ville est faite de multiples acteurs publics et privés, elle est le fruit de la mixité des fonctions et des espaces, de la rencontre des talents et des projets de ses habitants, de ses entrepreneurs et de ses forces vives.

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Quelles sont vos orientations pour le budget 2017 ?
E. L : Ce budget 2017 s’inscrit, comme nous nous y étions engagés, dans la continuité des précédents. Nous sommes victimes depuis plusieurs exercices du fameux « effet de ciseaux » en matière de fonctionnement, avec la baisse rapide et continue de nos recettes et le caractère difficilement compressible de nos charges. D’où la nécessité de réaliser dans nos dépenses générales de fonctionnement des économies partout où cela est possible, et de maîtriser nos frais de personnel, qui représentent un peu plus de la moitié de nos dépenses, en réduisant de l’ordre de 15 postes par an nos effectifs, ce qui correspond peu ou prou aux départs en retraite.
S’agissant des recettes de fonctionnement, n’en déplaise aux Cassandre, nous n’augmenterons pas les impôts des ménages en 2017, pour les raisons exposées plus haut. Nous ne voulons pas céder à la facilité, et nous aligner sur nos voisins dont les taux de fiscalité, notamment sur le foncier bâti, sont très nettement supérieurs aux nôtres. Les excédents accumulés les années précédentes nous permettent de préserver le pouvoir d’achat des Montrougiens et de leur offrir des services de qualité.
S’agissant de l’investissement, nous bénéficions là aussi des fruits de la bonne gestion des années passées. Nous pouvons maintenir un niveau d’excédents qui nous permettra de faire face à nos besoins. Nous avons programmé en 2017 quelque 14 millions d’euros d’investissements, soit 5 millions de moins que l’an passé, parce que nous avons constaté que nous n’avions pas pu réaliser en 2016 tout ce que nous avions programmé.
Il ne s’agit donc pas d’un programme au rabais, mais bien d’une prévision réaliste qui correspond à la capacité de nos services de piloter et de conduire ces travaux. Et si d’autres projets devaient voir le jour en cours d’année, nous aurions les moyens d’adapter à la hausse nos dépenses d’investissement.

« Nous n’augmenterons pas les impôts des ménages en 2017. » EL


Lexique

Dotation de l’État : l’État verse à la Ville des concours financiers comme par exemple la dotation globale de fonctionnement (DGF), dotation générale de décentralisation (DGD), dotation globale d’équipement (DGE).
Fonctionnement : toute dépense et recette relatives aux opérations courantes de gestion. Investissement : toute dépense et recette relatives aux opérations qui se traduisent par une modification de la consistance ou de la valeur du patrimoine de la collectivité ou d’un tiers bénéficiant d’une subvention.
Fonds de péréquation : mécanisme de redistribution qui vise à réduire les écarts de richesse, et donc les inégalités, entre les différentes collectivités territoriales.
Le budget primitif (BP) : document voté par le Conseil municipal en début d’exercice, dans lequel sont prévues les recettes et dépenses de la Ville pour l’année à venir. Le BP est obligatoirement voté en équilibre, en recette et en dépense.
CET : contribution économique territoriale, composée d’une cotisation foncière des entreprises (CFE) assise sur les valeurs locatives foncières et d’une cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE).