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Pierre Puvis de Chavannes, Suite de quatre personnages

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{ Suite de quatre personnages, de Pierre Puvis de Chavannes }

Faisant partie de la collection d’art de la Ville, Suite de quatre personnages est une oeuvre non datée d’autant plus difficile à cerner que Puvis s’est toujours voulu dégagé du souci temporaire.

Pierre Puvis de Chavannes, peintre du XIXe siècle, est réputé pour ses fresques monumentales épiques et décoratives célébrant l’idée du beau, de l’ordre et de l’harmonie. Des fresques où les sujets historiques laissent place à d’évocatrices allégories, ce qui conduit l’artiste à être considéré comme un des précurseurs du Symbolisme. Seulement, ici, nous sommes face à un tableau de chevalet. On n’y retrouve pas la simplicité des formes, ni les touches en aplats caractéristiques du style mural de l’artiste.

Un parcours vers la gloire

Puvis de Chavannes (1824-1898) découvre tardivement sa vocation de peintre. Durant ses voyages en Italie, il s’éblouit des fresques de Giotto, Pierro della Francesca et de Véronèse. A son retour, il suit les cours de Delacroix, Couture et Chassériau. Il s’installe dans son atelier place Pigalle en 1851. Dix ans plus tard, il remporte un premier succès avec Bellum (La Guerre) et Concordia (La Paix). La première est achetée par l’État français. Puvis offre la seconde. Aujourd’hui, ses fresques monumentales ornent les palais des Beaux-Arts d’Amiens et de Lyon, l’Hôtel de Ville de Paris, l’amphithéâtre de la Sorbonne, jusqu’à la bibliothèque publique de Boston.

Ni classique, ni réaliste : symboliste

Certes Puvis a été inspiré par son époque, il connaît les oeuvres de Manet et est ami avec Degas, mais son style dérive entre classicisme et réalisme, vers l’ailleurs, vers une technique en aplats sans ombre ni relief et une palette douce. Son vocabulaire stylistique sobre et dépouillé fait de lui une figure originale et novatrice du mouvement symboliste.

Une oeuvre et son mystère

Suite de quatre personnages n’étant pas datée, il nous faut recouper les données pour mieux cerner cette toile. Tout d’abord, l’on sait que Puvis utilise très régulièrement le procédé du «marcottage pictural», c’est-à-dire qu’il répète un sujet considéré comme abouti dans une autre toile.
Dans l’oeuvre Le Repos, datée de 1865, on retrouve le groupe de jeunes gens réunis autour d’un vieillard assis. On y voit deux hommes, l’un s’appuyant sur les épaules de l’autre et devant eux, une femme, le genou replié. Un ensemble formé par la proximité des corps qui reviendra plus tard, dans Trois hommes et un paysage, toile de chevalet datée de 1875. Quant au thème d’Orphée, que l’on peut reconnaître ici à la lyre déposée aux pieds du vieillard, l’artiste le traite aussi en 1883 dans une toile éponyme désormais visible au musée d’Orsay.

Un tableau de chevalet

Une huile sur toile. Une gamme chromatique contrastée à l’opposée du style mural caractéristique de l’artiste. La touche est vive, les lignes de contour détourent les personnages. Les formes sont esquissées, les corps modelés, les plis des tissus ondulants. La nature à l’arrière plan offre une vue sur un littoral, des falaises. Le thème mythologique d’Orphée fut repris par d’autres symbolistes tels que Gustave Moreau ou Odilon Redon. Puvis choisit ici de le montrer âgé. Serait-ce bien Orphée partageant son amère expérience d’antan avec de jeunes hommes que cette oeuvre raconte ? Qui sait ? Reste une atmosphère qui s’en dégage sereine, tendre… hors du temps.